C’est l’automne, mais avant l’automne, il y a eu un été, et quel été !
- Un été dont nos jardins vont probablement garder les traces pendant encore plusieurs mois. Chaleur, sécheresse, végétaux grillés ou affaiblis, pelouses transformées en paillassons, arbres qui ont parfois perdu prématurément leurs feuilles… Mais également moustiques, frelons, chenilles processionnaires et toute une petite armée d'insectes, parasites ou ravageurs qui profitent eux aussi de l'évolution de nos conditions climatiques.
- Et puis, à nos frontières ou déjà ponctuellement sur notre territoire, de nouveaux noms commencent à apparaître : Popillia japonica, le scarabée japonais. Solenopsis invicta, la fourmi de feu, et Wasmannia auropunctata la petite fourmi de feu, également appelée fourmi électrique. Des noms qui sonnent presque comme le casting d'un mauvais film de science-fiction... Sauf qu'ils existent réellement !
Alors aujourd'hui, dans Jardins d'ici, je vous propose quelque chose d'un peu différent.
- Nous allons regarder dans le rétroviseur…pour mieux regarder devant nous. Parce que l'automne n'est pas seulement la saison où l'on ramasse les feuilles. C’est probablement l'une des meilleures périodes de l'année pour observer son jardin, comprendre ce qui n'a pas fonctionné cet été et préparer le suivant. Car au jardin, comme souvent ailleurs : Prévenir, c'est déjà traiter.
🍁 L'automne, une fin qui est déjà un commencement..
- L'automne est souvent présenté comme la saison où le jardin s'endort. Je ne suis pas tout à fait d'accord. Il ne s'endort pas. Il change de rythme. Les jours raccourcissent, les températures commencent progressivement à baisser, la lumière change, les couleurs apparaissent, souvent magnifiques. Les arbres caducs vont récupérer une partie des éléments contenus dans leurs feuilles avant de les abandonner, et c’est là que les feuilles mortes se ramassent à la pelle !
- Et pendant que nous avons l'impression que tout s'arrête en surface, quelque chose d'essentiel continue sous nos pieds. Les racines travaillent.
- C'est précisément ce qui fait de l'automne une période extraordinaire pour planter, déplacer certains végétaux, amender les sols, pailler et préparer le jardin de l'année suivante. J'avais d'ailleurs consacré un article aux bienfaits de l'automne et à la préparation du jardin pour le printemps suivant, ainsi qu'un autre article sur les couleurs automnales dans le Pays Basque et les Landes.
L'automne n'est donc pas la salle d'attente de l'hiver. C'est déjà l'atelier du printemps.
☀️ Mais avant l'automne… QUEL ÉTÉ 2026 !
- Il faut revenir quelques instants sur ce que nous venons de vivre. Parce que ce n'est pas une impression de jardinier. Les chiffres sont assez impressionnants. L'été 2026 est devenu l'été le plus chaud observé en France depuis le début des mesures en 1900. Nous avons connu trois vagues de chaleur successives, voire quatre… Une première du 17 au 30 juin. Une deuxième du 4 au 19 juillet, une troisième du 28 juillet au 19 août et une moins importante quoi que suivant les régions début septembre.
- Au total : plus de 53 jours de vague de chaleur. Ajoutons à cela un déficit pluviométrique proche de 40 % à l'échelle nationale et une sécheresse des sols exceptionnelle. Dans le Sud-Ouest, certaines températures ont également été impressionnantes.
- Le 29 juillet, par exemple, 42,7 °C ont été relevés à Bélis, dans les Landes au Nord de Mont de Marsan. Autrement dit : pendant une bonne partie de l'été, nos végétaux n'ont pas simplement eu chaud. Ils ont dû survivre pendant que nous cherchions quelques sources de fraîcheur… Et cela change complètement notre façon d'aborder les dégâts que nous observons aujourd'hui.
🌞Mon jardin en automne face à ces épisodes caniculaires.
🌳 Mon arbre à souffert, est-il mort ?
- C'est probablement l'une des premières questions à se poser en ce début d'automne. Un arbuste a perdu ses feuilles. Un arbre présente des branches sèches. Un hortensia ressemble davantage à une botte de foin qu'à un hortensia. Une haie entière semble avoir brûlé.
- Premier conseil : ne sortez pas immédiatement le sécateur ! Une plante qui paraît morte n'est pas nécessairement morte. La chute prématurée des feuilles peut être une stratégie de survie. Quand un arbre manque fortement d'eau, maintenir plusieurs milliers ou plusieurs dizaines de milliers de feuilles devient extrêmement coûteux. Chaque feuille transpire, et lorsque l'eau devient trop rare, l'arbre peut sacrifier une partie de son feuillage pour réduire ses pertes. Il faut donc observer : gratter très légèrement l'écorce d'un jeune rameau peut parfois permettre de vérifier si les tissus sont encore verts. Regarder les bourgeons. Observer la souplesse des petites branches. Et surtout : laisser du temps au végétal de reprendre gout à la fraîcheur automnale !
✂️ Ce qu'il ne faut surtout pas faire.
- Face à un végétal qui a souffert de la chaleur, nous avons souvent envie de faire quelque chose immédiatement. Tailler, fertiliser, arroser énormément et parois trop rapidement remplacer. Mais parfois, le meilleur geste est précisément de ne pas en faire trop, ne pas effectuer une taille sévère sans raison. Une taille importante peut provoquer une nouvelle pousse alors que la plante doit justement reconstituer ses réserves. Bien sûr, retirez les parties manifestement mortes ou dangereuses peut-être nécessaire, mais pour le reste, observez avant d'intervenir.
- Ne pas essayer de « réparer » le végétal avec de l'engrais, un végétal stressé n'a pas nécessairement faim, Il a parfois simplement… soif, mais, il a surtout besoin de retrouver un fonctionnement racinaire normal. Une forte fertilisation azotée à l'automne peut provoquer des pousses tendres qui seront ensuite plus sensibles au froid.
- Ne pas noyer brutalement un sol desséché : Après plusieurs semaines de sécheresse, certains sols deviennent très difficiles à réhumidifier. L'eau peut ruisseler en surface ou emprunter quelques fissures sans réellement humidifier toute la motte. Et c’est particulièrement visible pour les plantes en pots. La coupelle se remplie, mais la surface reste sèche… Un bassinage s’impose si le pot le permet. Mieux vaut généralement un arrosage lent, profond et suffisamment espacé qu'une petite douche quotidienne. Et puisque l’on parle d’eau, on va parler d’histoire d’O.
💧 L'automne, c'est le moment de repenser l'eau.
Et voilà probablement l'une des grandes leçons de l'été 2026. Nous devons arrêter de réfléchir uniquement à la question : Comment arroser davantage ?
- La vraie question devient : Comment conserver davantage l'eau qui tombe naturellement sur mon jardin ? Et là, le jardinier dispose de nombreuses solutions : Améliorer la structure du sol, apporter de la matière organique, pailler, pailler encore pailler toujours… Limiter les surfaces minérales inutilement imperméables, créer des zones d'infiltration, des noues, récupérer les eaux de toiture qui elle, ne sont pas soumissent aux restrictions d’arrosage contrairement aux eaux du réseau.
Petit aparté sur ce sujet ou l’on entend tout et son contraire : Une amende de 135euro en cas d’arrosage en période de restriction ?
- Vous avez le droit de récupérer l’eau de pluie dans votre jardin. Ça déjà c’est un fait, le décret n°2008-652 du 2 juillet 2008, consolidé par le décret n°2025-239 du 14 mars 2025, vous le permet et vous autorise à utiliser cette eau pour arroser votre jardin. Seule restriction, si un arrêté préfectoral interdit cet usage.
Mais revenons aux solutions pour économiser l’eau au jardin.
- Choisir des végétaux adaptés au sol et à l'exposition, créer de l'ombre, installer les jeunes plantations au bon moment, et surtout développer progressivement des systèmes racinaires capables d'aller chercher l'eau en profondeur.
Le jardin de demain ne sera pas nécessairement un jardin sans eau, ce sera surtout un jardin qui utilise intelligemment celle qu'il reçoit.
🌱 Faut t-il remplacer les plantes qui ont souffert ?
- Pas immédiatement, l'automne permet justement de dresser un inventaire. Qu'est-ce qui a résisté ? Qu'est-ce qui a souffert ? À quel endroit ? Dans quel sol ? À quelle exposition ? Deux plantes identiques peuvent avoir réagi complètement différemment à seulement quelques mètres de distance. Pourquoi ? Parce que le jardin est fait de microclimats. Un mur exposé plein sud ou une terrasse qui restitue la chaleur durant la nuit. Une zone balayée par le vent, une dépression où l'humidité reste plus longtemps, l'ombre d'un grand arbre, la concurrence racinaire d'une haie, Tout cela compte. Et c'est justement maintenant qu'il faut prendre des notes, parce qu'en janvier, nous aurons oublié ce qui s'est passé au mois de juillet surtout après les réveillons de fin d’année ! j’anticipe un peu, d’ailleurs, je sais déjà que je vais être en retour pour mes cadeaux de noël… Là aussi ça s’anticipe, je dis ça, je ne dis rien !
Et ma pelouse, grillée ? Est-elle morte ?
- Là encore, prudence, les dernières pluies on peut-être redonner un peu de vert à vos pelouses, mais comment savoir si les parties plus abimées sont morte ou vivantes ? Avant de tout retourner, peut-être que l’astuce du paysagiste va vous aider !
Le test de traction :
- Prenez une belle poignée de votre herbe et exercer une traction franche vers le haut. Si vous n’avez dans votre main que quelques brindilles d’herbes, le système racinaire étant resté dans le sol, bingo ! votre pelouse n’est pas morte, elle à seulement fait redescendre dans ses racines, comme les arbres, toute l’eau dans son système vital. Elle devrait donc repartir d’elle-même.
Le test hydrique :
- Choisissez un endroit sec de votre pelouse, pas bien grand, trente centimètres par trente, et arrosez régulièrement cette surface tous les jours, matin ou soir à vous de voir… Si dans un laps de temps d’une quinzaine de jours, votre carré test devient vert, bingo là encore, votre pelouse n’est pas morte. Dans le cas contraire, il vous faudra surement regarnir ou reprendre l’ensemble de votre gazon.
🦟 Et puis il y a eu… LES MOUSTIQUES !
- On pourrait penser qu'avec la sécheresse, nous aurions été tranquilles. Eh bien non, si ce n’est pendant les fortes chaleurs, le moustique est comme nous, il cherche aussi la fraîcheur !
- Et de plus, le moustique, et notamment le moustique tigre, n'a pas besoin d'un étang olympique, quelques millimètres ou quelques centimètres d'eau peuvent suffire dans certains petits récipients. Et dans nos jardins, les maternités à moustiques sont parfois installées par nous-mêmes, une soucoupe sous un pot, un seau oublié derrière le cabanon, un pied de parasol, une bâche qui forme une poche, une gouttière mal nettoyer, bouchée, un récupérateur d'eau mal fermé, un jouet d'enfant, une brouette laissée dehors, un regard d'évacuation et parfois même certaines structures du mobilier de jardin.
- J'ai consacré sur mon site une page entière à ce sujet : « En finir avec les moustiques au jardin », avec les différentes solutions que l'on peut intégrer dès la conception du jardin.
Mais justement… Pourquoi parler des moustiques le 23 septembre ? Parce que c'est maintenant qu'il faut préparer l'été prochain.
🦟 Le meilleur moustique est celui qui ne naît pas.
- On pense souvent à lutter contre les moustiques lorsqu'ils commencent à nous piquer, c'est déjà trop tard. Le principe le plus efficace reste d'agir sur leurs lieux de reproduction. L'automne est donc une excellente période pour faire le tour du jardin, mais, pas avec une bombe insecticide, avec vos yeux.
- Cherchez tout ce qui peut retenir de l'eau, nettoyez les gouttières, videz les récipients inutiles, retournez ceux qui peuvent l'être, fermez correctement les réserves d'eau, réfléchissez aux évacuations. Et profitez de l'hiver pour modifier les aménagements qui créent systématiquement de petites retenues d'eau. Parce qu'au printemps prochain, lorsque le moustique reviendra, il sera beaucoup plus difficile de courir derrière lui. Le moustique adulte, c'est le problème visible, l'eau stagnante, c'est souvent le problème réel.
- Je prépare à ce sujet, une vidéo sur ce sujet, cette anticipation, car, mon jardin, a lui aussi à subit l’assaut des moustiques cet été.
- Et de plus, je prépare également sur mon jardin, un show-room sur l’installation d’une barrière anti-moustiques par la mise en place d’une ceinture de piégeage avec différents systèmes et traitements, tous bio. Je vous en dirais plus, une fois tout cela installée, et surtout, je pourrais réellement comparer la saison moustiques 2026, à celle à venir ! 2027 au jardin sans moustique, ou du moins sans trop de moustiques, car je le rappelle, le moustique est un polinisateur, et une manne nourricière pour nombre d’insectes et oiseaux. Donc, on ne tue pas tout, mais on gère l’infestation.
🐦 Les alliés du jardinier.
Prévenir ne signifie pas transformer le jardin en forteresse chimique, bien au contraire.
- Un jardin diversifié peut accueillir toute une série de prédateurs naturels, notamment contre les moustiques, encore eux… Oiseaux insectivores, chauves-souris, libellules, araignées, amphibiens lorsque le milieu s'y prête, et de nombreux insectes auxiliaires. Cela ne signifie évidemment pas qu'une mésange va régler à elle seule votre problème de moustiques ! Mais cela signifie qu'un jardin biologiquement vivant possède davantage de mécanismes de régulation qu'un espace totalement minéral ou constitué de quelques végétaux isolés. Créer un jardin résilient, c'est donc aussi créer de la biodiversité. Un point d’eau, correctement pensé, habité, peut être un super allié pour accueillir cette diversité et lutter contre les indésirables. On fera d’ailleurs une émission sur ce sujet, et vous verrez que : Pas besoin d’un grand jardin pour accueillir une petite zone humide qui fera toute la différence !
🐛 Les autres nuisibles : CHENILLES PROCESSIONNAIRES.
- Nous avons déjà parlé de la processionnaire du pin dans Jardins d'ici. L'automne est justement une période intéressante pour recommencer à surveiller les pins.
- La processionnaire du pin est surtout connue lorsque les chenilles descendent en procession, une longue file indienne de chenilles qui descend du pin. Mais attendre la procession pour découvrir que l'arbre est infesté, c'est encore une fois intervenir tardivement.
- Selon les situations et les stratégies choisies, l'automne permet notamment de préparer ou mettre en place certains dispositifs de lutte ou de surveillance avant les processions hivernales. Les éco pièges, par exemple, doivent être installés avant la période de descente. Et surtout : ne manipulez jamais les chenilles ou leurs nids sans protection adaptée.
- Les poils urticants peuvent provoquer des réactions cutanées, oculaires ou respiratoires, et représentent également un véritable danger pour les animaux domestiques. Un chien qui renifle ou lèche une procession peut subir des lésions extrêmement graves.
La règle est donc simple : on observe, on sécurise, mais on ne joue pas à l'apprenti exterminateur.
🐝Les autres nuisibles : LE FRELON À PATTES JAUNES.
- Autre habitué désormais de nos jardins : le frelon à pattes jaunes, que l'on appelle encore souvent frelon asiatique. À l'automne, les colonies atteignent leur activité maximale. C'est également la période où apparaissent les futures femelles reproductrices. Elles vont quitter le nid, s'accoupler puis chercher un endroit où passer l'hiver.
- Les ouvrières, les mâles et l'ancienne reine disparaîtront avec la colonie, le nid, lui, ne sera normalement pas réutilisé l'année suivante, cela signifie quelque chose d'important.
- Découvrir en plein hiver un énorme nid vide au sommet d'un arbre et vouloir absolument le détruire n'a pas forcément grand intérêt.
- En revanche, repérer les nids actifs en automne est utile, notamment parce que c'est une période où ils peuvent être particulièrement populeux. Et attention aux tailles de haies ! Un nid secondaire peut être installé relativement bas et rester invisible derrière le feuillage.
Avant d'attaquer une haie dense au taille-haie, prenez quelques minutes pour observer les allées et venues d'insectes. Quelques secondes d'observation peuvent éviter une très mauvaise surprise.
🪲 Les nouveaux envahisseurs… LE SCARABÉE JAPONAIS.
- Son nom pourrait presque être sympathique. Popillia japonica. Un petit coléoptère d'environ un centimètre, avec des reflets métalliques verts et cuivrés. Mais derrière cette jolie carrosserie se cache un ravageur particulièrement préoccupant. Il peut s'attaquer à plus de 300 espèces végétales : vigne, arbres fruitiers, rosiers, plantes ornementales, cultures et gazons.
- L'adulte dévore les feuilles, les larves vivent dans le sol et consomment notamment les racines des graminées. Et ce petit scarabée possède un talent assez extraordinaire : Il fait de l'auto-stop ! Il peut voyager dans les voitures, les camions ou les trains et parcourir ainsi de grandes distances. Des individus isolés ont été interceptés en France en 2025, et la surveillance s'est poursuivie en 2026, avec de nouvelles captures notamment dans le Doubs, à Strasbourg et dans les Alpes-Maritimes. Cela ne signifie pas que tous nos jardins sont envahis par le scarabée japonais, mais cela signifie que la vigilance est désormais nécessaire. Et en Nouvelle-Aquitaine, les services de surveillance phytosanitaire demandent justement de signaler toute observation suspecte.
- Encore une fois : détecter tôt permet parfois d'éviter d'avoir à combattre pendant des décennies. Je vous mets la photo de cet insecte sur mon blog dans cette émission, vous pourrez ainsi facilement le reconnaître. Et si vous pensez l’avoir reconnu, une photo, et comme je fais partie du réseau sentinelle de FREDON nouvelle aquitaine, contactez-moi.
🐜Les nouveaux envahisseurs... 🔥LA FOURMI DE FEU et la LA FOURMI ÉLECTRIQUE ⚡.
Une autre voyageuse à surveiller.
- Continuons notre petit catalogue des réjouissances. Voici Solenopsis invicta, la fourmi de feu. Retenez que le nom Invicta, signifie en latin, invincible, invaincu ou non vaincu, ce qui en dit long sur la lutte contre cette fourmi.
- Originaire d'Amérique du Sud, elle est devenue invasive dans différentes régions du monde. Et en 2023, une population installée a été identifiée en Sicile. Les chercheurs y avaient identifié plusieurs dizaines de nids.
- Pourquoi nous intéresse-t-elle ? Parce qu'elle est capable d’entraîner des conséquences importantes sur la biodiversité, l'agriculture mais également sur l'être humain. Sa piqûre est douloureuse et peut, chez certaines personnes, provoquer des réactions allergiques sévères.
- Elle n'est donc pas aujourd'hui une habitante ordinaire de nos jardins français. Mais son installation en Europe change la donne. Le commerce, les transports et les déplacements de terre ou de végétaux constituent autant de possibilités de déplacement pour certaines espèces invasives.
⚡ Une fourmi encore plus petite : LA FOURMI ÉLECTRIQUE.
- Elle mesure à peine un millimètre et demi, autant dire qu'on ne la voit presque pas. Son nom scientifique est Wasmannia auropunctata. On l'appelle petite fourmi de feu ou fourmi électrique, en raison de la sensation provoquée par sa piqûre. Auropunctata signifie à points dorés, fautes de points, cette fourmi semble bien dorée, donc petite, mais facilement reconnaissable.
- Et contrairement à Solenopsis invicta, celle-ci a déjà été détectée en France métropolitaine, notamment à Toulon en 2022. Elle peut former des populations extrêmement importantes et perturber fortement les communautés d'insectes locales.
- Et voilà qui nous ramène une nouvelle fois à notre sujet. Une espèce invasive est infiniment plus facile à gérer lorsque quelques foyers seulement existent que lorsqu'elle occupe des milliers de kilomètres carrés. La surveillance des jardins n'est donc pas anodine.
Le jardinier est aussi un observateur du territoire.
🌍 Faut-il avoir peur de tous les insectes exotiques ?
- Non ! Et c'est un point important. Il ne faudrait surtout pas que cette émission donne envie d'écraser tout insecte que l'on ne reconnaît pas. Nous avons dans nos jardins énormément d'espèces parfaitement inoffensives, parfois rares, parfois spectaculaires et souvent très utiles, certaines ressemblent même beaucoup aux espèces invasives recherchées.
- Donc : on photographie d'abord, on identifie ensuite et on agit seulement lorsque l'identification est certaine.
Un jardinier curieux vaut beaucoup mieux qu'un jardinier armé d'une bombe insecticide.
🍂 Préparez 2027 dès l'automne 2026.
- Et finalement, tout ce dont nous venons de parler conduit à la même conclusion, le jardin de l'été prochain commence maintenant.
- Vous avez eu trop chaud sur votre terrasse ? Réfléchissez à l'ombre maintenant. Votre pelouse a grillé ? Demandez-vous si elle doit absolument occuper la même surface l'année prochaine, ou peut-être opter pour une autre variété de semences.
- Certaines plantes ont souffert ? Regardez lesquelles ont résisté avant de choisir leurs remplaçantes. Vous avez passé l'été à arroser ? Travaillez votre sol, paillez et réfléchissez à la récupération de l'eau. Vous avez été dévoré par les moustiques ? Cherchez dès maintenant les réserves d'eau stagnante. Et surtout, rester à l’écoute de jardins d’ici, je vous ferais prochainement visiter mon jardin et les solutions anti-moustiques ! En attendant, relisez l’article sur ce sujet. Vous avez découvert des processionnaires ? Préparez votre stratégie avant les processions. Et relisez l’article sur ce sujet. Vous avez un nid de frelons ? Faites-le identifier et prenez conseil auprès des organismes ou professionnels compétents.
Et surtout : observez, car observer c’est déjà traiter !
🌱 Le jardin résilient.
- On parle beaucoup de résilience, peut-être faudra-t-il progressivement abandonner une vieille idée. Celle du jardin que l'on pourrait maintenir exactement identique année après année. Le climat change, les températures changent avec lui, les périodes de sécheresse évoluent, elles sont plus précoces, plus fréquentes, plus intenses…
- Certains parasites progressent et de nouvelles espèces arrivent. Nos jardins vont donc devoir évoluer eux aussi, mais cela ne signifie pas qu'ils seront moins beaux. Au contraire, nous pouvons créer davantage d'ombre, davantage de strates végétales, planter des arbres, associer arbres, arbustes, vivaces et couvre-sols, pour protéger le sol plutôt que de le laisser nu. Bien sûr, récupérer l'eau de pluie, favoriser son infiltration.
- Très important, choisir les végétaux en fonction du sol plutôt que vouloir constamment modifier le sol pour imposer une plante, et, ainsi, redonner au jardin une certaine capacité à fonctionner sans nous, parce qu'un jardin résilient n'est pas un jardin que l'on abandonne, c'est un jardin que l'on a suffisamment bien pensé pour ne pas avoir à le sauver chaque été.
"être résilient, c'es pouvoir faire pousser des fleurs sur des ruines"
🍁 Prévenir c'est déjà traiter.
- Au jardin, nous avons longtemps pris l'habitude d'intervenir lorsque le problème était visible, une plante malade : on traite. Des pucerons : on traite. Des moustiques : on traite. Une pelouse sèche : on arrose. Mais nous pouvons aussi retourner le raisonnement : Pourquoi la plante est-elle malade ? Pourquoi les moustiques trouvent-ils autant de lieux de ponte ? Pourquoi cette pelouse réclame-t-elle autant d'eau ? Pourquoi ce végétal souffre-t-il tous les étés ? Pourquoi certaines plantes résistent-elles alors que leurs voisines dépérissent ? Le jardinier de demain sera peut-être moins celui qui sait traiter… et davantage celui qui sait observer, comprendre et anticiper.
- Et finalement, l'automne est la saison parfaite pour cela. Le jardin ralentit, les feuilles commencent à tomber, les couleurs changent, les premières pluies reviennent, et sous nos pieds, tranquillement, la prochaine saison commence déjà à se préparer.
- Alors profitez de l'automne tant qu’il y à encore des saisons marquées, regardez votre jardin, regardez ce qu'il vous raconte de l'été que nous venons de traverser. Parce que les plantes ont une mémoire, le sol aussi. Et si nous prenons le temps de les écouter aujourd'hui… nous aurons peut-être beaucoup moins besoin d'intervenir demain.
Voilà peut-être la phrase à retenir aujourd'hui. Prévenir, c'est déjà traiter.
❓ Vous êtes pressé ? un raccourci en10 questions-réponses.
1. Après un été très chaud, faut-il tailler immédiatement les végétaux qui semblent avoir souffert ?
Non. Un végétal qui a perdu ses feuilles ou dont certaines branches semblent sèches n’est pas forcément mort. La chute prématurée du feuillage peut être une réaction de défense permettant de limiter les pertes d’eau. À l’automne, mieux vaut observer les bourgeons et les rameaux et supprimer uniquement ce qui est manifestement mort ou dangereux. Une taille sévère peut ajouter un stress supplémentaire à une plante déjà fragilisée.
2. Faut-il mettre de l’engrais aux plantes qui ont souffert de la chaleur et de la sécheresse ?
Pas systématiquement, et surtout pas beaucoup d’azote à l’automne. Une plante stressée n’a pas forcément besoin d’être « nourrie » : elle doit d’abord retrouver un fonctionnement racinaire normal et reconstituer ses réserves. Un apport de matière organique et un paillage sont souvent plus intéressants qu’un engrais destiné à provoquer une croissance rapide.
3. Comment savoir si un arbre ou un arbuste desséché est encore vivant ?
On peut observer les bourgeons, la souplesse des jeunes rameaux et éventuellement gratter très légèrement l’écorce d’un petit rameau : des tissus encore verts indiquent généralement qu’il est vivant. Mais le meilleur diagnostic reste souvent le temps. Certaines plantes très éprouvées peuvent sembler mortes pendant plusieurs semaines avant de montrer des signes de reprise.
4. Que nous apprend la canicule sur la manière d’aménager nos futurs jardins ?
Elle nous rappelle qu’il faut penser davantage à l’ombre, au sol et à l’eau. Planter des arbres, créer plusieurs strates végétales, couvrir le sol, utiliser des paillages, améliorer sa teneur en matière organique, favoriser l’infiltration des pluies et récupérer les eaux de toiture permettent de rendre le jardin plus résilient. L’objectif n’est plus seulement de savoir comment arroser davantage, mais comment perdre moins d’eau.
5. Pourquoi faut-il déjà penser aux moustiques en automne ?
Parce que la meilleure lutte contre les moustiques commence bien avant les premières soirées d’été. L’automne et l’hiver permettent de rechercher et de supprimer les endroits où l’eau peut stagner : soucoupes, seaux, bâches, gouttières bouchées, pieds de parasols, regards, jouets ou récupérateurs d’eau mal protégés. Empêcher la reproduction est beaucoup plus efficace que courir après les moustiques adultes.
6. Les plantes dites « anti-moustiques » suffisent-elles à protéger une terrasse ?
Non. Géranium odorant, citronnelle, lavande ou certaines plantes aromatiques peuvent contenir des molécules aux propriétés répulsives, mais leur simple présence dans un pot ne crée pas une barrière infranchissable. Il vaut beaucoup mieux supprimer les eaux stagnantes et réfléchir dès la conception du jardin à la gestion de l’eau. Un joli pot de citronnelle n’annulera jamais les effets d’une soucoupe remplie d’eau située juste à côté !
7. Pourquoi faut-il penser aux chenilles processionnaires avant de voir les processions ?
Parce que lorsque les chenilles descendent des pins, leur cycle est déjà bien avancé. La surveillance des arbres et l’anticipation permettent de mettre en œuvre les moyens adaptés au bon moment. Il faut surtout éviter de toucher les chenilles ou les nids : leurs poils urticants peuvent provoquer des réactions cutanées, oculaires ou respiratoires et constituent également un danger sérieux pour les chiens et autres animaux.
8. Que peut-on faire contre le frelon à pattes jaunes à l’automne ?
L’automne correspond à une période de forte activité des colonies et à la production des futures femelles reproductrices. Il faut donc rester attentif aux nids actifs et éviter de s’en approcher ou de tenter de les détruire soi-même. Une précaution toute simple est également utile avant de tailler une haie dense : observer pendant quelques minutes les éventuelles allées et venues de frelons. Un nid peut être totalement invisible derrière le feuillage.
9. Pourquoi parle-t-on désormais du scarabée japonais et de nouvelles fourmis invasives ?
Parce que les échanges commerciaux, les transports et les déplacements de végétaux ou de terre facilitent la progression d’espèces exotiques. Le scarabée japonais, Popillia japonica, est particulièrement surveillé car il peut s’attaquer à plusieurs centaines d’espèces végétales. La fourmi de feu rouge, Solenopsis invicta, s’est installée en Sicile, tandis que la petite fourmi de feu ou fourmi électrique, Wasmannia auropunctata, a déjà été détectée en France métropolitaine. L’enjeu est de détecter rapidement les nouveaux foyers avant qu’ils ne deviennent impossibles à contenir.
10. Quel est finalement le meilleur traitement pour protéger son jardin ?
Très souvent : la prévention. Observer ses végétaux, choisir des espèces adaptées au sol et à l’exposition, préserver la biodiversité, protéger le sol, mieux gérer l’eau, surveiller l’apparition des ravageurs et intervenir au bon moment évitent de nombreux traitements ultérieurs. Au jardin, le meilleur problème reste encore celui que l’on a réussi à empêcher d’apparaître. C’est tout le sens du fil rouge de cette émission : « Prévenir, c’est déjà traiter ! »
C'était Jardins d'ici, prenez soin de vous… et surtout, prenez soin de vos jardins.
Parce qu'un jardin bien préparé en automne… c'est déjà un petit morceau du printemps prochain.

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