Le mois passé : Juin au jardin.
Le mois à venir : Août au jardin.
La forêt française, une longue histoire.
- Si au printemps, le vert tendre du feuillage nous sort de l’hiver, si en été ce même feuillage plus dense nous abrite de notre étoile, nous admirons ses couleurs automnales et même si l’hiver nous est quelque peu moins confortable, nous aimons aussi ces paysages d’arbres enneigés.
- Bref, quelque soit la saison, nous apprécions son silence… Enfin… son apparent silence, car une forêt n'est jamais silencieuse pour qui s’ai l’entendre, car oui, la forêt bruisse, elle respire, elle pousse, elle échange, elle se nourrit, elle protège, elle recycle, elle communique. Tout cela pour simplement dire : Ma forêt vie !
- Si nos jardins sont l'œuvres de l'homme, la forêt, elle, est l'œuvre du temps. Observer une forêt, c'est souvent comprendre pourquoi certaines plantes se plaisent chez nous, pourquoi les sols sont si différents d'une région à l'autre et comment la nature crée, sans aucun jardinier, des équilibres d'une remarquable efficacité. Et, aujourd'hui, la science nous apprend que derrière l'immobilité des arbres se cache une activité permanente, presque une société organisée.
Mais avant de parler des extraordinaires capacités des arbres, il faut d'abord comprendre une chose essentielle.
- Mieux encore… Pendant des milliers d'années… Il n'y avait pratiquement aucun arbre sur une grande partie de notre territoire. Alors aujourd'hui, je vous propose un véritable voyage dans le temps. Nous allons remonter plusieurs dizaines de milliers d'années en arrière pour découvrir comment est née la forêt française.
Une histoire faite de glace, de feu, de guerre, de rois, de paysans, de bûcherons et finalement d'hommes qui ont parfois détruit la forêt… mais aussi appris à la protéger.
Après les glaciations.
- Pour comprendre nos forêts, il faut remonter à une époque où notre pays ne ressemblait absolument pas à celui que nous connaissons aujourd'hui. Nous sommes il y a environ vingt mille ans. L'Europe est en pleine période glaciaire, d'immenses glaciers descendent des Alpes et les Pyrénées sont couvertes de glace. Le climat est beaucoup plus froid qu'aujourd'hui.
- Dans certaines régions françaises, les températures moyennes sont inférieures de dix degrés à celles que nous connaissons actuellement. Bon comme en ce moment elles sont supérieures de 10 degrés disons quelles sont inférieur de 20 degrés…. Je me comprends…j’espère que vous aussi…
- Imaginez le paysage, pas de grandes chênaies, pas de hêtraies, pas encore Iraty du coup, pas de forêts de pins maritimes, nous ne reconnaîtrions pas le paysage Landais ! Bref, une immense steppe froide, parcourue par les vents… Du fun quoi !
- Mais que y-a-t-il sur ce terrain hostile en apparence… Des herbes, quelques arbustes, de rares bouleaux, pas le travail, l’arbre… des saules nains. Les arbres ne peuvent pratiquement pas s'installer car, la glace, le gel permanent et les vents les empêchent de grandir. Puis, lentement… très lentement… plus lentement qu’aujourd’hui… le climat commence à se réchauffer. Les glaciers reculent, les sols se libèrent et la vie reprend et avec elle arrivent les supers pouvoir des plantes, les premiers véritables pionniers du monde végétal. Les premières forêts
- Les premiers arbres ne sont pas les grands chênes majestueux que nous admirons aujourd'hui, ce sont des espèces particulièrement courageuses, le bouleau, encore lui, le pin sylvestre à ne pas confondre avec le pin des Landes, le tremble, bizarre comme nom pour un arbres qui préfère la chaleur ! mois je tremble quand j’ai froid… Donc, le tremble. Tous ces arbres supportent les sols pauvres, mais aussi, le froid, mais moins froid que le froid du début… Je ne sais pas si vous me suivez toujours… En tout cas, Ils supportent aussi le vent et surtout ils poussent très vite et leurs graines sont transportées sur des kilomètres, donc, ils colonisent les terrains nus laissés par la fonte des glaces, et petit à petit, la forêt avance, année après année, siècle après siècle.
- Puis arrivent d'autres espèces, le noisetier, l'orme, Le tilleul, le frêne, et enfin apparaissent les grands chênes, puis les hêtres, les sapins et les épicéas dans les montagnes. À cette époque, la forêt couvre progressivement une immense partie de notre territoire. On estime qu'avant les grands défrichements humains, près de 80 à 90 % de certaines régions étaient boisées.
Un arbre tombe, la lumière revient, de jeunes arbres poussent, des animaux transportent des graines, les tempêtes renouvellent naturellement les peuplements, bref, la forêt vit seule, sans intervention humaine.
Nos ancêtres : Les Gaulois.
- Lorsque les premiers peuples celtes s'installent durablement sur notre territoire, ils découvrent une forêt immense. Pour eux, elle représente tout à la fois une richesse, un refuge, mais aussi un lieu mystérieux, mais utile, car, la forêt nourrit, elle fournit le bois pour construire les maisons, pour fabriquer les outils, les chariots, les armes, le chauffage.
- Mais, on la dit, c'est un lieu mystérieux, mais qui impressionne aussi, car, les Gaulois considèrent certains bois comme sacrés ou les druides célèbrent leurs cérémonies dans des clairières.
- Le chêne devient un arbre symbolique, surement pour la puissance qu’il dégage, sa longévité et la sagesse qu’il inspire et, le gui, que l'on récolte parfois sur les vieux chênes, possède-lui aussi une valeur spirituelle importante.
- Contrairement à une idée souvent répandue, les Gaulois ne vivent pas uniquement dans les forêts, ils cultivent déjà largement les terres, mais les massifs forestiers restent immenses et, surtout ils sont encore capables de se régénérer naturellement.
Puis arrive Rome : Les Romains.
- Avec elle, une nouvelle façon de considérer la forêt, les Romains sont de grands bâtisseurs, ils construisent des routes, des villes, des ponts, des aqueducs, le pont du Gard me vient soudain à l’esprit, mais aussi des navires, et, tout cela demande énormément de bois et pour ce faire, des milliers d'hectares sont exploités et, les premiers grands défrichements organisés apparaissent. Du coup, on ouvre de nouvelles terres agricoles, on développe les cultures, on produit davantage de charbon de bois pour alimenter les forges. La forêt commence véritablement à reculer. Pour autant, les Romains comprennent déjà qu'une ressource peut s'épuiser.
- Et de là, naissent les premières mises en place des règles de gestion afin d'assurer un renouvellement des peuplements. Une idée qui paraît moderne… mais qui a plus de deux mille ans.
L'essor du régime féodal : Le Moyen Âge.
- Après la chute de l'Empire romain, la forêt reprend parfois du terrain, certaines terres agricoles sont abandonnées, les arbres recolonisent naturellement les paysages, mais à partir du XIᵉ siècle, la population augmente fortement, donc, il faut nourrir davantage de monde et, les grands défrichements commencent et des villages entiers participent à l'ouverture de nouvelles terres.
- Le Moyen Age, ce n’est pas que les régimes féodaux, mais c’est aussi l'hégémonie de l'Église et, les moines jouent un rôle majeur. Ils assèchent des marécages, défrichent, plantent, organisent les campagnes. Chaque hectare gagné sur la forêt devient une terre cultivable et, à cette époque, la forêt devient aussi une véritable réserve alimentaire. On y fait paître les cochons qui se nourrissent de glands, des lapins bien gras, la cuniculture, on récolte les baies, les champignons, le miel sauvage.
- Le bois reste indispensable à tous les aspects de la vie quotidienne, sans lui, pas de cuisson, pas de chauffage, pas d'outils, pas de maisons. Bref comme les Gaulois et les Romains mais avec un autre style !
- Et à ce stade de l’émission, j’aimerai faire une petite parenthèse avant, prochainement dans Jardins d’ici continuer ce chapitre sur les forêts ou nous parlerons des grands défrichements, la forêt royale, la révolution industrielle, le reboisement du XIXᵉ siècle et la forêt française d'aujourd'hui. Une petite parenthèse sur les forêts d'hier et d'aujourd'hui.
La France d’aujourd’hui sur les forêts d’hier.
- Il suffit parfois de regarder les panneaux à l'entrée des communes pour comprendre à quel point la forêt a façonné notre histoire. Beaucoup de villages portent encore aujourd'hui la trace des grands massifs forestiers qui les entouraient autrefois.
- Lorsque vous traversez une commune appelée Le Bois, Les Bois, Bois-Guillaume, près de 40 communes portent ces noms ou Le Bosc dans le Sud-Ouest ou encore Le Bosquet, vous lisez en quelque sorte une vieille carte du paysage. Le mot bois désignait tout simplement un secteur forestier, souvent plus petit qu'une vaste forêt, mais un autre nom revient très souvent : La Haye.
- Aujourd'hui, nous pensons immédiatement à une haie végétale qui sépare deux propriétés, pourtant, son origine est beaucoup plus ancienne. Le mot haye vient du vieux germanique hagja, qui désignait un espace protégé par des arbres, des arbustes ou une clôture naturelle. Au Moyen Âge, une haye constituait une véritable frontière végétale, parfois défensive, parfois destinée à contenir les animaux domestiques. Lorsque vous rencontrez des communes comme La Haye, La Haie-Fouassière, Les Hayes ou des lieux-dits portant ce nom, ils témoignent souvent de ces anciennes limites forestières.
- On retrouve également des noms comme La Forêt, Forest, Forest-l'Abbaye, La Forest-Landerneau ou encore La Forêt-Fouesnant. Ces noms rappellent qu'avant les grands défrichements, ces territoires étaient largement boisés.
- Dans le Sud-Ouest, d'autres termes apparaissent : Le mot Bosc, très présent en Gascogne, vient directement du latin boscus, qui signifie tout simplement... le bois. À lui seul, notre patrimoine toponymique raconte une histoire vieille de plusieurs siècles, chaque panneau de village devient ainsi un petit livre d'histoire.
- Mais au-delà des noms de nos communes, la forêt nous a également légué tout un vocabulaire que nous utilisons parfois sans vraiment connaître son origine.
- Prenons par exemple le mot sylve. Il vient du latin silva, qui signifie tout simplement la forêt. C'est de lui que sont nés des mots comme sylviculture, c'est-à-dire l'art de cultiver et de gérer les forêts, ou encore sylvestre, qui signifie "qui vit dans les bois". Le pin Sylvestre vit effectivement dans les bois.
- Autre mot souvent entendu : futaie. Une futaie est une forêt où les arbres sont issus de graines et que l'on laisse grandir durant plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines d'années. On y admire de grands troncs bien droits, recherchés pour produire un bois de qualité. À l'inverse, le taillis est une forêt régulièrement coupée près du sol. Les souches repoussent naturellement en produisant plusieurs tiges. Cette méthode permettait autrefois de produire rapidement du bois de chauffage, des piquets ou du charbon de bois.
- Vous entendrez aussi parler de grume. Une grume n'est rien d'autre qu'un tronc fraîchement abattu, débarrassé de ses branches mais encore recouvert de son écorce. Avant d'arriver à la scierie, chaque arbre devient une grume.
- Et puis il existe un mot que connaissent particulièrement les tonneliers : le merrain. Le merrain désigne des planches de chêne soigneusement fendues qui serviront à fabriquer les tonneaux destinés au vin, au cognac ou à l'armagnac.
Tous ces mots témoignent de l'immense relation que notre civilisation entretient depuis toujours avec les arbres.
Les arbres dans les croyances populaires.
- Pendant des millénaires, les arbres n'ont pas seulement fourni du bois ou de l'ombre, ils ont aussi nourri l'imaginaire des hommes. Chez les Celtes, le chêne était considéré comme l'arbre des dieux. Chez les Vikings, Yggdrasil relié des mondes imaginaires et réels, trois racines d'If ou de Frêne permettaient la connexion entre ces mondes. Vous allez me dire, les Celtes d'accord puisque l'ion parle de forêt Française, mais que vienne faire les vikings dans ce récit, il ne sont pas gaulois … Certes, mais je ne peux résister à vous raconter l'histoire qui lie ces redoutables vikings à une ville que vous connaissez bien, Bayonne. Qui dit Bayonne dit ? Jambon… Oui, mais non, Bonne rivière ? pas mal du tout, Baïa Ona on est au X siècle, Quoi d'autre ? Fête ? Pas mal… Je vous donne un indice, Rois de Bayonne ! Et oui Léon, comme le quartier Saint Léon aussi et pour cause, Léon évêque de Rouen, Léon de Cuarantan envoyé au printemps 890 évangélisé L'Hispanie au moment où les viking remontaient l'Adour pour piller l’intérieur des terres et faisaient escale à Lapurdum, Bayonne. Léon se mis en tête d'évangéliser les vikings, bien mal lui en a pris, cette idée en tête lui a valu de perdre la sienne d'un coup de hache, mais cette histoire ancienne est pourtant bien ancrée dans la ville puisque vous pouvez de nos jours voire le miracle qui s'en est suivie. Une source jaillie à l'emplacement de sa tête, encore visible avec la fontaine St Léon, une fontaine miraculeuse visible en face du siège de l'Aviron Bayonnais.
- La longévité du chêne, sa puissance et sa capacité à résister aux tempêtes en faisaient un symbole de force et de sagesse. Les druides célébraient parfois leurs cérémonies sous ses branches. Le gui, qui pousse quelquefois sur les vieux chênes, était récolté avec un cérémonial très précis. Il représentait la vie qui ne disparaît jamais totalement.
- L'if, lui, possède une réputation bien différente. Présent dans de nombreux cimetières, il symbolise à la fois la mort... et l'éternité. Pourquoi ? Parce qu'il peut vivre plus de mille ans. Même lorsqu'il semble mourir, il produit souvent de nouvelles pousses à partir de son vieux tronc, les anciens y voyaient le symbole du renouveau.
- Le tilleul, quant à lui, incarnait la protection. Dans de nombreux villages français, on plantait un tilleul sur la place principale, il offrait de l'ombre aux marchés, il accueillait les réunions du village. Parfois même, la justice se rendait sous son feuillage. On parlait alors du "tilleul de justice".
- Le hêtre, enfin, était associé à la connaissance. Son bois servait à fabriquer de petites tablettes d'écriture avant l'apparition généralisée du papier. Je vais essayer de ne pas vous perdre, perdre un hêtre fût-il un arbre serait de mauvais gout … Mais, certains linguistes pensent que le mot allemand Buch, prononcer Bouurae, qui signifie "livre", partage une ancienne parenté avec le nom du hêtre, puisque Buch aurait donner en anglais Book, encore le livre et que Buch, l'allemand désigne en anglais, Beech, le Hêtre ...On peut dire que cet arbre a accompagné la transmission du savoir. Il était le 14 jour du mois germinal dans le calendrier républicain. Et le mois Germinal, le septième mois, est précédé de Ventôse et suivi de Floréal, une dénomination que je trouve particulièrement parlante.
- Toutes ces croyances peuvent aujourd'hui nous sembler lointaines, pourtant, elles traduisent une réalité très simple. Nos ancêtres vivaient au rythme de la forêt, ils la respectaient, ils la craignaient parfois, mais, ils savaient surtout qu'elle conditionnait leur survie.
- Et finalement, même si notre mode de vie a profondément changé, nous continuons encore aujourd'hui à ressentir quelque chose de particulier lorsque nous pénétrons sous les grands arbres, est-ce simplement le silence ? La fraîcheur ? L'odeur de l'humus ? Ou bien subsiste-t-il, quelque part en nous, un héritage de plusieurs milliers d'années qui nous relie encore à cette forêt originelle ?
« Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois, Dans tout ce qui m'entoure et me cache à la fois, Dans votre solitude où je rentre en moi-même, Je sens quelqu'un de grand qui m'écoute et qui m'aime !.
— Victore Hugo.
Les grands défrichements : quand l'Homme transforma le paysage français.
- Si la forêt a longtemps gagné du terrain après les grandes glaciations, elle va connaître, à partir du Moyen Âge, un formidable recul. Pourquoi ? Tout simplement parce que la population augmente. Au XIᵉ siècle, la France compte environ six à huit millions d'habitants. Deux siècles plus tard, ils sont près de quinze millions. Et qui dit davantage d'hommes, de femmes et d'enfants, dit davantage de nourriture, davantage de maisons, davantage de bois pour se chauffer, davantage de terres à cultiver.
- La forêt devient alors une formidable réserve de terres. Les arbres sont abattus. Les souches arrachées. Les pierres retirées des champs. Peu à peu, les clairières s'agrandissent. Puis elles se rejoignent. Les paysages changent complètement.
- Là où s'étendaient autrefois de vastes massifs forestiers apparaissent des villages, des pâturages, des cultures de céréales, des vergers et des vignes.
- Le mot défricher vient d'ailleurs de l'ancien français desfricher, qui signifie littéralement « rendre une terre exploitable en la débarrassant des broussailles et des arbres ».
- Les grands défrichements ne sont donc pas seulement une destruction, ils représentent aussi la naissance de nombreux terroirs agricoles que nous connaissons encore aujourd'hui.
- Parmi les grands acteurs de cette transformation, il faut citer les communautés religieuses. Les moines bénédictins, puis les cisterciens, jouent un rôle essentiel. Leur devise est bien connue : « Ora et labora », c'est-à-dire « Prie et travaille ».
- Ils ne se contentent pas de bâtir des monastères, ils aménagent les paysages, Ils drainent les marécages, ils construisent des moulins, ils détournent parfois des cours d'eau, ils plantent des vergers, ils créent des étangs, et bien sûr… Ils défrichent. Autour de nombreuses abbayes, les forêts reculent pour laisser place aux cultures, encore aujourd'hui, lorsqu'on observe certains paysages français, il est possible de retrouver l'empreinte laissée par ces grands bâtisseurs.
- À cette époque, le pétrole n'existe pas, le charbon est encore très peu utilisé, le gaz est inconnu, l'électricité n'a pas été inventée, le bois est partout. Il chauffe les maisons, il alimente les fours des boulangers, les forges, les verreries, les poteries, il sert à fabriquer les maisons à colombages, les meubles, les outils, les charrettes, les roues, les tonneaux, les ponts, les navires, même les sabots sont taillés dans le bois.
- On pourrait presque dire que le Moyen Âge repose sur les arbres, chaque famille en dépend quotidiennement, la pression exercée sur les forêts devient considérable.
- Mais les arbres ne fournissent pas uniquement du bois, la forêt est également un immense garde-manger, à l'automne, les cochons sont conduits sous les chênes pour manger les glands, cette pratique porte un nom aujourd'hui presque oublié : La glandée.
- Dans certaines régions, elle représente une part importante de l'alimentation des troupeaux, on récolte également les noisettes, les châtaignes, les mûres, les fraises sauvages, les champignons, le miel des ruches installées dans les arbres, certaines plantes médicinales proviennent exclusivement des sous-bois.
- La forêt nourrit aussi les chasseurs, Cerfs, Chevreuils, Sangliers, Lièvres, Perdrix, Pigeons ramiers. Elle constitue un véritable supermarché naturel.
- À mesure que les espaces boisés diminuent, les tensions apparaissent, qui a le droit de couper un arbre ? Qui peut ramasser le bois mort ? Qui peut faire paître ses animaux ? Qui peut chasser ? Ces questions donnent naissance à de nombreux conflits. Les seigneurs revendiquent certaines forêts. Les paysans souhaitent continuer à y prélever du bois. Les communautés religieuses défendent leurs droits. Les procès se multiplient et les premières réglementations forestières apparaissent progressivement. On comprend déjà qu'une forêt totalement exploitée mettra parfois plusieurs générations avant de retrouver son aspect d'origine.
Des paysages que nous avons hérités.
- Lorsque nous admirons aujourd'hui les grandes plaines céréalières de la Beauce, les vignobles de Bourgogne, les coteaux du Bordelais ou certaines vallées agricoles du Pays Basque, nous contemplons souvent des paysages issus de ces grands défrichements médiévaux. Sans eux, la France aurait probablement conservé une couverture forestière bien plus importante. Cela ne signifie pas que nos ancêtres aient commis une erreur. Ils répondaient aux besoins de leur époque. Il fallait nourrir une population toujours plus nombreuse, construire, se chauffer, vivre.
- Simplement, les conséquences de ces choix façonnent encore aujourd'hui les paysages que nous traversons chaque jour.
- En tant que paysagiste, cette histoire m'inspire une réflexion : Lorsque nous créons un jardin, nous transformons nous aussi un paysage. Nous décidons où planter un arbre, où installer une pelouse, où ouvrir une perspective ou construire une terrasse.
- Nos ancêtres ont fait la même chose… mais à l'échelle de régions entières. Ils ont sculpté le territoire français. C'est peut-être pour cette raison que, lorsque nous nous promenons aujourd'hui entre un village, des champs cultivés et une lisière forestière, nous avons souvent le sentiment que tout cela a toujours existé.
- En réalité, ces paysages sont le fruit de plus de mille ans de travail, de choix, d'adaptations… et parfois de sacrifices. La forêt que nous connaissons aujourd'hui n'est donc pas seulement une œuvre de la nature. Elle est aussi, en partie, une œuvre de l'Homme.
🌿Les FAQ = Questions fréquente sur la forêt.
La France a-t-elle toujours été couverte de forêts ?
Non. Il y a environ 20 000 ans, lors de la dernière grande glaciation, une grande partie de la France ressemblait davantage à une steppe froide qu'à une forêt. Les glaciers occupaient les massifs montagneux et les arbres ne subsistaient que dans quelques régions plus tempérées du sud de l'Europe. Ce n'est qu'avec le réchauffement climatique naturel que les arbres ont progressivement recolonisé notre territoire.
Quels ont été les premiers arbres à recoloniser la France ?
Les premiers furent des espèces pionnières, capables de pousser sur des sols pauvres et récemment libérés par la glace. Le bouleau, le pin sylvestre et le tremble ont ouvert la voie. Plus tard sont arrivés le noisetier, le chêne, le hêtre, le tilleul, le frêne et bien d'autres espèces qui composent aujourd'hui nos paysages forestiers.
Pourquoi trouve-t-on autant de villages appelés Le Bois, La Haye ou La Forêt ?
Parce que ces noms racontent l'histoire du paysage. Ils indiquent souvent qu'une forêt, un bois ou une haie importante occupaient autrefois ces lieux. La toponymie, c'est-à-dire l'étude des noms de lieux, constitue une véritable mémoire de notre territoire et permet de retrouver l'ancienne présence des forêts, parfois disparues depuis plusieurs siècles.
Les Gaulois vivaient-ils vraiment au cœur des forêts ?
Pas tout à fait. Contrairement aux idées reçues, les Gaulois étaient d'excellents agriculteurs et habitaient des villages organisés. Les forêts occupaient une place essentielle dans leur quotidien, mais ils vivaient surtout à proximité des terres cultivées. En revanche, certaines forêts étaient considérées comme sacrées et accueillaient des cérémonies religieuses dirigées par les druides.
Pourquoi le chêne est-il devenu un arbre si symbolique ?
Le chêne impressionne par sa taille, sa longévité et sa résistance. Certains individus vivent plusieurs siècles. Chez les Celtes, il représentait la force, la sagesse et la stabilité. Aujourd'hui encore, il reste l'un des arbres les plus emblématiques des paysages français et un symbole de solidité.
Quelle est la différence entre une forêt, un bois et un taillis ?
En langage courant, un bois est généralement plus petit qu'une forêt. Le taillis, lui, désigne un mode de gestion où les arbres sont régulièrement coupés près du sol afin qu'ils repoussent naturellement depuis leur souche. Cette technique permettait autrefois de produire rapidement du bois de chauffage ou des piquets sans replanter.
Pourquoi parle-t-on de futaie ?
Une futaie est une forêt composée d'arbres issus de graines que l'on laisse grandir pendant plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines d'années. Les troncs deviennent hauts, droits et particulièrement recherchés pour la construction, la menuiserie ou encore la tonnellerie. Les plus belles cathédrales françaises ont souvent été construites grâce au bois provenant de grandes futaies.
Les Romains ont-ils détruit les forêts françaises ?
Ils en ont largement exploité les ressources, car ils avaient besoin d'énormes quantités de bois pour construire des villes, des routes, des navires et alimenter les fours. Toutefois, ils avaient déjà conscience que cette ressource pouvait s'épuiser et mettaient parfois en place des règles pour limiter les coupes et favoriser le renouvellement des peuplements forestiers.
Pourquoi trouve-t-on souvent des ifs dans les cimetières ?
L'if est un arbre extraordinaire qui peut vivre plus de mille ans. Même lorsqu'il paraît très âgé ou presque mort, il est capable de produire de nouvelles pousses. Cette capacité de renaissance lui a valu d'être associé à l'éternité. C'est pourquoi il est traditionnellement planté dans de nombreux cimetières européens depuis le Moyen Âge.
La forêt française est-elle aujourd'hui plus grande qu'autrefois ?
Oui, et c'est une réalité qui surprend souvent. Après avoir fortement reculé pendant des siècles sous l'effet des défrichements, la forêt française regagne du terrain depuis le XIXᵉ siècle. Aujourd'hui, elle couvre environ un tiers du territoire métropolitain. Cette progression est due au reboisement, à l'abandon de certaines terres agricoles et à une gestion forestière plus durable. En revanche, si la surface augmente, cela ne signifie pas que toutes les forêts sont en parfaite santé : elles doivent désormais faire face au changement climatique, aux sécheresses, aux incendies et à de nouveaux ravageurs.
- Merci de votre lecture… et je vous retrouve prochainement dans Jardins d’ici, rester informé pour ne rien louper du prochain épisode sur la forêt : les grands défrichements, la forêt royale, la révolution industrielle, le reboisement du XIXᵉ siècle et la forêt française d'aujourd'hui.
Le mois passé : Juin au jardin.

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