Et si nos jardins devenaient des refuges ?
- Chers auditeurs, aujourd’hui, je vous propose un voyage. Pas au bout du monde. Pas en Amazonie. Pas dans une jungle lointaine où les botanistes portent des chapeaux improbables.
- Non. Je vous propose un voyage dans nos jardins. Dans vos jardins. Dans ces petits morceaux de planète dont nous avons la garde. Car oui, les plantes disparaissent. En silence. Sans bruit. Sans sirène.
- Selon le rapport de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques, un million d’espèces végétales et animales sont menacées d’extinction.
- Bonjour à tous et bienvenue dans Jardins d’ici, votre émission jardinage au sens très large du terme, votre émission de jardinage et du jardin de la Côte Basco-Landaise.
- Je suis Loïc BANCE, paysagiste conseil aux particuliers et concepteur de jardin et j’ai le plaisir de vous accompagner dans cette découverte des plantes en voies de disparition et de voir comment les adopter dans nos jardins. Et pour m’accompagner dans cette mission au fin fond de la jungle de nos jardins, pour sauver la planète, rien que ça 😉.
- Mais avant de nous aventurer au milieu e plantes improbables, le menu de cette émission :
- La petite phrase qui lance le sujet, la lune de la semaine, les dires de nos anciens au jardin et notre sujet : Les espèces végétales en danger de disparition.
« Supprimer une plante, c’est effacer une page d’un livre que nous n’avons pas encore appris à lire. »
Jean-Marie Pelt (1933/2015) biologiste, pharmacien, botaniste, écologiste, homme politique, écrivain et chroniqueur radio.
Et maintenant, on lance le sujet de cette émission, je vous invite donc à prendre place, en avant pour une nouvelle aventure dans Jardins d’ici, les plantes qu’il faudrait essayer de sauver et pourquoi pas les adopter dans nos jardins ?
On parle souvent des pandas, des tigres, des ours polaires. Mais les plantes ? Elles meurent discrètement. Et pourtant… sans elles, nous n’existerions pas. Dois-je rappeler que c’est quand même grâce aux plantes que l’on respire.
Il y à, sans bruit, une extinction végétale bien réelle.
- Selon les estimations scientifiques, près de 40 % des espèces végétales dans le monde seraient menacées. Ce chiffre fait froid dans le dos. Mais on se dit que ce n’est pas chez nous…loin des yeux, loin du cœur… Mais, en France aussi, certaines espèces de nos régions sont en déclin :
- L’arnica des montagnes, Certaines orchidées sauvages, des plantes des dunes atlantiques, des plantes messicoles (ces fleurs qui accompagnaient autrefois les moissons). On a perdu, par exemple, des champs entiers de coquelicots. Oui, le coquelicot, celui qu’on croit banal. Il devient rare dans certains territoires.
- Mais pourquoi ? Il y à plusieurs raisons à cela : Artificialisation des sols. Urbanisation. Agriculture intensive. Utilisation massive d’herbicides. Uniformisation des paysages. Disparition des haies et des zones humides.
- Et puis… nos jardins eux-mêmes ont parfois participé au problème tout comme dans notre dernière émission sur les chouchous du jardin et comment attirer les alliés du jardinier, et comment les garder, Ici, même cause, même effet.
- Pelouses rases comme des greens de golf. Massifs ou pelouses en plastique. Plantes exotiques envahissantes. Zéro fleur spontanée. On voulait du propre. Du net. Du maîtrisé.
La nature, elle, préfère le vivant.
Alors, pourquoi sauver les plantes ?
- On pourrait dire : “Après tout, si une plante disparaît, une autre prendra sa place.” La nature n’a-t-elle pas horreur du vide ?
- Eh bien oui, la nature n’aime pas le vide, mais ce vide se comble d’un écosystème qui va surement casser ou au mieux perturber ce maillon fragile. Chaque espèce végétale est un maillon d’un écosystème. Elle nourrit : des insectes spécifiques, des pollinisateurs particuliers, parfois une seule espèce de papillon, ou un champignon symbiotique (déf : Relatif à la symbiose… association spécifique durable entre deux espèces).
- Prenez une orchidée sauvage comme Ophrys apifera (l’ophrys abeille). Elle imite une abeille femelle pour attirer un mâle pollinisateur précis. Si l’insecte disparaît, la plante ne se reproduit plus. Et inversement. C’est un ballet fin, subtil, millimétré.
- Et puis les plantes, ce sont : des médicaments potentiels, des régulatrices climatiques, des éponges à carbone, des réservoirs génétiques, des mémoires du paysage et à quoi sert un paysage si on ne peut plus le raconter ?
En tant que paysagiste, je le dis souvent : un jardin n’est pas une décoration. C’est un écosystème miniature.
Nos jardins sont des refuges possibles :
- La bonne nouvelle ? Nous pouvons agir. Vous pouvez agir. Pas besoin d’être ministre. Ni botaniste international. Ni membre d’une ONG au Costa Rica. Nous avons tous un levier : notre jardin.
- Imaginez si chaque jardin devenait un petit sanctuaire. Une mosaïque de refuges reliés entre eux. Vous rêvez de voyage lointains, d’île Polynésiennes ? Créer un archipel végétal. Reste à connaître ou du moins avoir une information sur les plantes en question… et connaître les grands principes pour réussir ce projet.
- Il vous faudra essayer de faire avec l’existant, c’est donc d’abord de pouvoir comprendre votre propre environnement et de vous adapter à celui-ci, vous êtes les seuls à pouvoir comprendre votre propre paysage, on parle souvent de Nord, de Sud, mais on est toujours au Nord ou au Sud de quelque chose, un Sud peut être ombragé et un Nord ensoleillé… et la topographie de votre terrain peut également créer des micro climats ; donc pour faire simple vous devez vous adapter, c’est le terrain qui commande.
- Il vous faudra également éviter des « ruptures » afin de créer une continuité « écologique ». On parle des plantes, mais la faune du jardin plus ou moins grandes, mammifères, insectes, oiseaux sont étroitement impliqués. Les plantes nourrissent ces derniers et en retour cette faune disperse la vie dans vos espaces verts. On en à parler dans l’émission Jardins d’ici la semaine dernière : Les chouchous du jardin.
- Il vous faudra aussi apporter un regard bienveillant sur le sol, les sols est trop souvent un support inerte, chargé d’engrais qui vide de toutes vies et écarte tous les alliés du jardinier. Reprenez le contrôle avec des amendement organique, utilisez votre composte, recyclez vos déchets verts, broyer, pailler et éviter tant que possible l’imperméabilisation des sols pour réduire le lessivage de vos terrains lors de fortes pluies. Et puisque l’on parle de pluie, récupérez cette eau précieuse pour vos arrosages, c‘est une eau beaucoup moins chargée que l’eau du réseau, et gratuite.
Quelles plantes sont concernées ?
- Attention : il ne s’agit pas d’arracher la nature sauvage pour la mettre dans son jardin. On ne prélève jamais dans la nature. Jamais à moins d’avoir une autorisation administrative en règle pour pouvoir prélever et implanter dans son jardin.
En revanche, certaines espèces menacées sont aujourd’hui multipliées en pépinières spécialisées.
- Quelques exemples : Des orchidées rustiques produites en culture, des variétés anciennes fruitières, des plantes messicoles comme le bleuet, des plantes de zones humides cultivées et il y a les bourses aux plantes ou aux semences où vous trouverez nombre de plants ou graines défiant l’autorité du catalogue officiel. Eh oui, même dans le monde des graines il y a des résistants… Et très spécifique de notre région :
- Senecio bayonnensis — Sénécione de Bayonne, typique des landes littorales à pelouses sableuses et zones exposées aux embruns. Aérohalines.
- Festuca vasconensis — Fétuque de Gascogne, graminée des pelouses atlantiques rare et patrimoniale.
- Marguerite à feuilles charnues (Leucanthemum ircutianum subsp. crassifolium) — plante de falaises littorales, vulnérable à l’érosion côtière.
- Bruyères vagabondes.
- La centaurée, le Bleuet des montagnes, Le sainfoin, la plante préférée des abeilles, mais plus pour les auditeurs sur le net, nos terres ici sont trop acides, plutôt pour des sols calcaires et pauvre.
- Des graminées locales. Des plantes de dunes adaptées. Des haies champêtres traditionnelles
Et là, je vois venir…la mode des paysages, les lauriers roses et les palmiers.”
- Pas de panique. Il ne s’agit pas de transformer votre jardin en réserve naturelle stricte. Il s’agit d’équilibrer.
Comment les implanter concrètement ?
- Très concrètement, voici quelques pistes simples. Réduire la pelouse. Une pelouse tondue chaque semaine, ce n’est pas un désert écologique, une vie s’y développe, mais. Essayez de laisser fleurir les pâquerettes, laisser monter les trèfles, et essayez-vous à la gestion différenciée : Une zone en prairie fleurie. Une gestion différenciée de vos pelouses. Vous verrez apparaître des insectes, puis des oiseaux.
- Planter local, favorisez les espèces indigènes de votre territoire, elles sont adaptées : au sol, au climat, aux insectes locaux. Et elles demandent souvent moins d’eau et moins d’entretien.
- Pour ce faire, il faut recréer des milieux, car, une plante disparaît souvent parce que son milieu disparaît. Mais comment faire ?
- Vous pouvez recréer : Une petite mare, et qui dit mare, dit plantes de berges ou aquatiques comme le les plantes carnivores du genre Drosera ou la gentiane pneumonanthe qui est essentielle pour héberger les œufs d’un papillon intimement lié à celle-ci, l’Azuré des mouilléres et qui dit eau, dit animaux ou amphibiens également aquatiques.
- Une haie champêtre : Et qui dit haie champêtre dit variétés de végétaux pour la faune du jardin.
- Une zone sèche : Et qui dit zone sèche dit graminées variés, plantes ne demandant pas trop d’arrosage et d’entretien et accueillant ne faune variée et adapté.
- Une zone ombragée naturelle : Elle accueillera une variété de fleurs qui participeront à l’étalement de la floraison dans le temps et de ce fait à la diversité des insectes.
La diversité des milieux = diversité des espèces.
- Bannir les pesticides : même biocide : Cela paraît évident, mais je le répète à l’antenne : un jardin refuge ne peut pas être traité chimiquement. Sinon, on installe le restaurant… puis on empoisonne les clients. Et c’est le jardin, la nature qui paye la note !
- Attention aux fausses bonnes idées : Introduire des plantes exotiques peut parfois aggraver le problème.
- On connaît les exemples : Renouée du Japon, Herbe de la pampa, Certaines grimpantes invasives. Ces plantes prennent la place des espèces locales.
Le jardin responsable, c’est un jardin qui n’exporte pas ses problèmes dans la nature voisine.
L’humain, le jardinier du vivant.
Il y a une idée qui me tient à cœur. On oppose souvent nature sauvage et jardin.
- Mais historiquement, l’humain a toujours façonné des paysages en cohabitant avec la biodiversité.
- Les prairies naturelles sont souvent issues de pâturages. Les haies bocagères sont humaines.
- Les vergers traditionnels aussi. Le problème n’est pas l’intervention humaine. Le problème, c’est l’uniformité.
- Quand on plante une espèce locale : on nourrit les pollinisateurs, on stabilise le sol, on crée de l’ombre on stocke du carbone, on rafraîchit l’air, on améliore notre cadre de vie.
- Protéger le végétal, ce n’est pas être “écolo bobo”. C’est être pragmatique. Certain diront que c’est même égoïste, car sauver le vivant, c’est aussi prendre soins de soi…Charité bien ordonnée commence par sois même…
- Sans plantes, pas d’oxygène. Sans biodiversité, pas de résilience. Sans diversité génétique, pas d’adaptation climatique.
Et comme on approche des municipales, je vais donc faire un peu de politique, mais en douceur, le jardin comme acte politique doux.
- Planter une haie locale plutôt qu’une clôture en PVC, c’est un choix.
- Laisser un coin sauvage, c’est un choix.
- Installer une mare plutôt qu’un dallage complet, c’est un choix.
- Chaque jardin peut devenir : un corridor écologique, un réservoir de biodiversité, un lieu d’éducation. Imaginez les enfants, ou vous-même qui découvrent une orchidée locale dans leur propre jardin. Cela change une relation au vivant.
- Petite expérience personnelle, j’étonne souvent mes invitées à la période de noël qui sont très surpris et agréablement surpris de découvrir des orchidées en fleurs dans mes massifs et au printemps d'autres Orchidées, plus petites mais qui tapissent les massifs.
- Voici un plan simple : Observer son jardin, Identifier les zones inutilisées, Introduire 3 espèces locales adaptées, réduire les traitements, accepter un peu de spontanéité, et surtout : ne pas chercher la perfection.
Un jardin vivant n’est jamais parfaitement net. Il respire. Il bouge. Il surprend.
- En tant que concepteur de jardins ici, dans le Sud-Ouest, je vois une évolution. Les gens sont prêts. Ils ne veulent plus seulement du “beau”. Ils veulent du “vivant”. Et ça, c’est magnifique. Car nos jardins peuvent devenir des maillons d’un grand réseau invisible. Un réseau de résistance végétale. Un réseau de beauté utile.
Alors ce soir, en rentrant chez vous, regardez votre jardin différemment. Demandez-vous :
- Et si cet endroit devenait un refuge ? Et si cette parcelle devenait un sanctuaire ?
- Et si moi, simple jardinier, je pouvais participer à sauver une espèce ?
La disparition des plantes n’est pas une fatalité. Mais elle dépend de nos choix.
Et parfois… il suffit de laisser pousser une fleur pour commencer à changer le monde.
- Et pourquoi pas déjà anticiper le réchauffement climatique, certaines plantes depuis quelques années remontent vers le Nord et nous pouvons déjà anticipez l’adaptation de certaines plantes, certains sont déjà en avance sur ce sujet.
- Vous allez me dire, mais ce n’est pas local, je vous répondrai que ce n’est pas encore local et que nombre de plantes viennent de loin, rapportées par de grands voyageurs, nous sommes tous convaincus que les hortensias sont depuis toujours présents dans nos paysages, mais ils viennent d’Asie…Mais certain que l’on qualifie « aujourd’hui » de visionnaire ont su anticiper cette acclimatation et gageons que d’autres végétaux feront prochainement partie de nos paysages.
- Je vous ai déjà parler dans Jardins d’ici des cerisiers du Japon de Bayonne, et si je vous dis que vous pouvez allez cueillir votre poivre dans les rues d’uns citée balnéaire de la côte Basque, ou cueillir des noix de cajou au bord de l’Adour, vous comprendrez que ces végétaux sont déjà là.
Et cela fera l’objet d’une autre émission dans jardins d’ici, mais, Pour faire simple, planter sans modération !
si vous êtes motivez pour réintroduire des plantes sauvages locales menacées, penser aussi à contacter des structures locales de conservation (LPO 64, Conservatoire botanique, C.A.U.E des Pyrénées-Atlantiques - Conseil d'Architecture d'Urbanisme et de l'Environnement) — elles peuvent parfois orienter vers des producteurs spécialisés en flore régionale ou variétés patrimoniales spécifiques à la Côte Basco-Landaise.
La prochaine émission ?
Le 04 mars à 14h00 : Mars au jardin d'ornement, potager et fruitier.
ou
Gazon contre prairie…une source de discussion depuis bien fort longtemps.
🎧 Podcast de l'émission
Le podcast de cette émission en cliquant sur le lien ci-dessous 🎧:
Retrouvez toutes les émissions :
https://loicbance.canalblog.com/main-tag/emissions_radio_jardin_d_ici
Les FAQ 10 questions/Réponses sur les plantes en voie de disparitions.

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